Deux Poèmes de Robert Marois

posted on December 11, 2003 | in Category Mohamed Harkat | PermaLink

Auteur: Robert Marois
Date: 10 décembre 2003

Deux Poèmes de Robert Marois
Auteur: Robert Marois
Date: 10 décembre 2003


Ces poèmes n apportent pas de réponse la guerre contre le terrorisme. Ils veulent simplement rappeler tous et toutes qu une telle guerre ne peut se faire sans victimes innocentes et que la propagande haineuse qui l accompagne vise museler l opinion publique en laissant croire que nous sommes entourés de d êtres dangereux qu il faut éliminer par tous les moyens.


Poème silencieux

Seulement quelques lignes pour expliquer pourquoi. Parce que durant sa courte existence il n a pas trouvé les mots pour décrire l humiliation. Personne ne l a compris. Cet enfant qui jouait la guerre dans la guerre s amusait-il? Ce n était peut-être que le sourire de la misère? Pouvait-il bénir la terre lorsqu elle lui glissait sous les pieds?

Il ne sait plus? Il n est pas fou pourtant! Il a vu ces corps et entendu ces cris, la souffrance était de chair et de sang, elle l éclaboussait. Il ne peut plus vivre avec ce cauchemar. Il faut qu on sache. Il s arrachera le cœur et le lancera la face du monde. Son cœur, chaud et encore palpitant, ne pourra pas le trahir : on verra!

Le terrorisme n est pas une solution ; c est une réaction l indifférence : celle qui s emplit les poches et celle qui n a pas les moyens; celle qui se fait prier et celle qui prie; celle qui ne veut pas savoir et celle qui fera une étude; celle qui ordonne bien la charité et celle qui dilapide; celle qui perd son temps et celle qui ne le trouve pas; celle qui fait trois petits tours et celle qui s en va.

Il ne s agit pas de justifier un geste mais bien de ne pas le banaliser. C est trop facile de condamner lorsque l accusé nous offre sa tête pathétique sur un plateau; non moins pathétique que celles du Président et de ses alliés qui mettront les têtes prix et déclareront officiellement la guerre qui la voudra ou non.

Ces chasseurs de têtes ont mis feu et sang des régions entières du globe. Chez eux, ils ont instauré le règne de la peur, un rien suffit pour être jugé coupable : un teint sombre ou la consonance d un nom. Partout, le droit est piétiné par le soupçon, le secret de la preuve et la délation.

Non! Il s agit de démystifier l impuissance, de mettre notre cœur dans la balance pour qu elle penche, il s agit de refuser un état de fait. Le message que je laisse en vous offrant ce cœur, c est de répondre un appel désespéré avec le vôtre, de transporter la poésie dans la rue pour s opposer l arbitraire afin qu ensemble nos cœurs battent plus fort que les tambours de tous les états-majors.

Ma douce Indifférence, je t écris aussi pour te dire que je reviens bientôt au pays. Malheureusement, ce n est pas parce que la guerre est terminée mais parce qu elle n a plus de frontières. As-tu entendu parlé de ces gens dans nos prisons? J ai rencontré une femme Ottawa qui m a dit que son époux y était depuis un an sans accusation. Est-ce vrai? On me parle aussi de déportations et d intimidation de résidents paisibles. Est-ce que tout cela est vrai? Ma douce Indifférence, si c est bien le cas, je crois que nous ne pourrons jamais vivre en paix si nous gardons le silence et les yeux fermés sur cette injustice.

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Coupable!

Je suis une cellule dormante

Tapie au creux feutré

Du nombril du monde.

Mes rêves brillent d étoiles

Et mes espoirs flottent au vent.

Je suis une cellule dormante

Tapie au creux feutré

Du nombril du monde.

Un doigt inquisiteur fourrage

Dans mon nid et brise mes œufs.

Je suis une cellule dormante

Tapie au creux feutré

Du nombril du monde.

Mon ventre est gros de désespoir

Et j accouche de cauchemars assassins.

Je suis une cellule dormante

Tapie au creux feutré

Du nombril du monde.

Mes métastases se multiplient,

Arrêtez moi avant que j explose.

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Le 10 décembre 2003, Mohamed Harkat aura passé un an en prison sans accusation. Une soirée de solidarité aura lieu l Université Saint-Paul, entrée nord, salle de l Atrium, 223 rue Main, Ottawa, 19h00.

-- Robert Marois

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